Introduction

C’est en 1943 que le terme autisme fait pour la première fois son apparition, dans la bouche de Léo Kanner, un psychiatre américain. Sur la base d’une étude portant sur 11 enfants, celui-ci décrit alors un trouble de la communication innée n’affectant pas l’intelligence. Les enfants observés s’avèrent en effet capables de performances intellectuelles exceptionnelles, notamment en matière de mémorisation. Moins d’un an plus tard, un autre psychiatre, Hans Asperger, évoque une « psychopathie autistique de l’enfance », un autisme organique avec notamment un manque d’empathie, des mouvements maladroits et des capacités intellectuelles très variables, allant du génie à la débilité. C’est après-guerre qu’un virage s’opère, lorsque le psychiatre Bruno Bettelheim fait un parallèle entre les enfants autistes et les victimes des camps de concentration qu’il a vu se replier sur elles-mêmes. Cette attitude constitue une réaction à une attitude extrême. Pour un autiste, c’est donc un mécanisme de défense face à des parents perçus comme froids, dénués d’affection. Cette théorie psychanalytique, qui sera plus tard réduite à « la mère est responsable de l’autisme », sera non seulement très médiatisée et enseignée mais elle sera également reprise sous des formes diverses par des psychiatres renommés. Elle fera ainsi long feu puisqu’en 2007, un rapport du CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la Vie et la Santé) insiste encore sur la nécessité de l’abandonner. Pourtant, l’autisme est défini comme un trouble du développement dès 1980, dans la classification des maladies américaines, puis en 1993 dans la CIM (Classification Internationale des maladies) et en 2000 en France. Mais la théorie de Bettelheim, et surtout l’interprétation plus réductrice et « accusatrice » qu’on en a tirée, ont fait leur chemin et, encore aujourd’hui, le grand public assimile à tort l’autisme à une maladie mentale...

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Vendredi 13 janvier 2012