L'obésité

  

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’obésité se définit comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé. Il ne s’agit donc pas d’une maladie, dans la mesure où la pertinence de ce terme fait encore débat. C’est en revanche un vrai problème de santé publique qui risque de s’amplifier au fur et à mesure du temps. L’OMS estime en effet qu’en 2015, 700 millions d’adultes seront obèses et 2,3 milliards seront en surpoids.

L'individu pointé du doigt

Ceux qui sont ou ont été obèses le savent bien : les gros ont mauvaise réputation.
Qualifiés au choix de paresseux, gourmands, égocentriques, sans volonté, sans respect pour leur corps, ils sont souvent considérés comme les seuls responsables de leur surpoids. Si celui-ci s’explique en partie par des facteurs uniquement personnels, les véritables causes sont souvent plus complexes et profondes.

Au niveau alimentaire, on ne rencontre pas toujours une surconsommation, on peut également avoir des déséquilibres alimentaires. Des repas trop riches en gras, en sel ou en sucre favorisent la prise de poids. De même que des prises alimentaires irrégulières, sauter le petit déjeuner par exemple ou manger beaucoup un jour et jeûner le lendemain. Certains de ces comportements découlent de troubles alimentaires (boulimie par exemple) mais ils sont plus souvent liés aux émotions. On peut ainsi manger pour se déstresser, pour passer le temps, pour ne plus être triste… Et ce réflexe n’est pas l’apanage des obèses, nous sommes en effet nombreux à manger parfois des aliments réconfortants, à l’image du chocolat et de son effet antidépresseur. Mais chez un obèse, la fréquence ou la quantité sont généralement supérieures. Les inconditionnels de chocolat ne grossissent pas pour autant car d’autres facteurs, comme la sédentarité, entrent en jeu.

L’activité physique nous permet de brûler une partie des calories ingérées, elle permet donc d’établir un équilibre entre notre consommation et notre dépense énergétique. Or la majeure partie des personnes obèses ont un mode de vie sédentaire associé à des comportements alimentaires non adaptés. Il est particulièrement difficile d’enrayer une prise de poids due à la conjonction de ces deux facteurs car plus on grossit, plus l’activité physique devient difficile, plus on réduit la dépense énergétique et ainsi de suite. Sans compter que ce cercle vicieux entraîne de la tristesse, du dégoût, de la culpabilité, des sentiments négatifs qui paradoxalement peuvent donner envie de se réconforter par la nourriture…

Les facteurs personnels occupent donc une place importante dans la prise de poids mais ils s’avèrent bien plus complexes qu’on ne le pense. D’autant plus qu’ils se greffent parfois sur d’autres facteurs de risque très difficiles, voire impossible, à maîtriser.

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Lundi 12 décembre 2011

Inégaux face à l'obésité

Nous l’avons tous déjà constaté un jour, nous sommes loin d’être égaux dans la prise de poids. Pour un même repas, portion et composition, une personne prendra un kilo tandis qu’une autre pourra même en perdre. Ce sont parfois nos gènes qui nous jouent ce tour.

Il existe en effet une prédisposition à l’obésité, généralement polygénique, c‘est-à-dire qu’elle dépend de plusieurs gènes. Cela ne signifie pas forcément que la personne concernée sera obèse mais qu’il existe un terrain favorable sur lequel les mauvais comportements alimentaires ou la sédentarité auront un impact plus fort. Cette prédisposition génétique n’est pas toujours qu’une affaire de famille, elle touche parfois toute une ethnie. Les aborigènes d’Australie ont ainsi plus de probabilités d’être obèses que d’autres populations. Cela s’explique bien souvent par leur histoire. Ceux dont les ancêtres auront survécu à d’importantes famines peuvent par exemple hériter d’un organisme habitué à stocker, en prévision d’autres disettes.

Il existe une autre forme de prédisposition à l’obésité qu’on pourrait qualifier de « culturelle ». En clair, une personne issue d’une famille où on mange mal aura plus facilement tendance à reproduire ce comportement alimentaire plus tard, notamment avec ses descendants. Ces deux héritages vont parfois de pair, si bien qu’on rencontre parfois des familles d’obèses pris dans un cercle vicieux très difficile à briser. Mais pas impossible.

Parmi les facteurs de risque d’obésité, on trouve également l’âge. En vieillissant, on devient moins actif, on perd de la masse musculaire et nos besoins en calories sont alors moins importants. Ainsi, si l’on ne réduit pas sa consommation avec l’avancée en âge, on peut connaître une prise de poids. Enfin, dans la série des facteurs de risque non contrôlables, on trouve également les maladies. Certaines entraînent des difficultés physiques, si bien que la dépense énergétique devient insuffisante, avec les conséquences que l’on connaît. D’autres pathologies, plus rares, contribuent directement à la prise de poids,comme l’hypothyroïdie, la maladie de Cushing ou la tumeur de l’hypothalamus. D’autres problèmes médicaux peuvent indirectement constituer des facteurs de risque en raison de leur traitement favorisant la prise de poids, les corticoïdes par exemple.

L’obésité ne dépend donc pas toujours de nos choix de vie, elle peut découler de facteurs externes impossibles à contrôler. Mais dans la liste des responsables, on peut également ajouter notre société, qui par certains aspects va à l’encontre du maintien d’un bon poids de santé.

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Mercredi 22 décembre 2010

Une société en partie responsable

Lorsqu’on parle d’obésité, on pense souvent à l’individu, à l’image d’un Américain bedonnant engloutissant des hamburgers à longueur de journée. Or notre société a aussi sa part de responsabilité.

Elle l’est tout d’abord indirectement, par son évolution qui a changé en profondeur notre façon de vivre. Au niveau professionnel, l’automatisation des tâches, les nouvelles technologies, la raréfaction de nombreux métiers manuels, le développement des moyens de transport ont sédentarisé le travail. On ne se dépense plus en travaillant, mais on ne le fait pas plus en s’amusant. Il y a moins d’un demi-siècle, la télévision faisait ses premiers pas dans les foyers aisés, l’internet et les jeux vidéo n’existaient pas, les loisirs comportaient
donc une part d’activité physique bien plus importante. On brûlait sans cesse des calories. Aujourd’hui, selon le baromètre santé 2008 de l’INPES, seulement 43 % des 15-75 ans estiment avoir un niveau suffisant d’activité physique. Cette évolution de la société étant difficile à inverser, les campagnes de prévention visent surtout à réintégrer un minimum d’activité physique dans notre quotidien, d’autant plus que les rythmes de vie ne permettent pas toujours d’en faire avant ou après le travail.

Si la sédentarisation de la société ne semble imputable à personne, il n’en va pas de même pour la surconsommation de calories. D’abord parce que l’offre est omniprésente. Les rayons de supermarchés regorgent de produits gras, sucrés, salés, de plats en sauce préparés à consommer sur le pouce, de goûters hypercaloriques, le tout en quantités de plus en plus importantes. Et les restaurants ne sont pas en reste. Un exemple frappant : depuis 1955, dans les fast-foods américains, les portions de frites ont triplé et la taille des hamburgers a été multipliée par cinq. Quant aux barres chocolatées, elles sont treize fois plus grosses qu’en 1908. L’erreur serait de croire que seuls les États-Unis et leurs fast-foods sont concernés car cette démesure se propage partout dans le monde.

La télévision reflète très bien cela puisque ce sont les produits les plus gras, les plus sucrés ou les plus salés qui sont vantés à longueur de journée. Les quelques publicités pour les pommes ou les pruneaux et les messages de prévention ne pèsent pas bien lourd face à la marée des pâtes à tartiner, barres chocolatées, plats en sauces à réchauffer, hamburgers, etc. Par ailleurs, un nombre important de publicités se tournent vers les enfants, moins informés sur l’équilibre nutritionnel donc plus faciles à convaincre. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’obésité infantile fait des ravages. Or les personnes ayant un surpoids à l’enfance ou à l’adolescence sont plus exposées aux problèmes de poids que les autres.

 

Source : Bilan et évaluation des programmes de prévention et de prise en charge INSERM; Haute Autorité de Santé (HAS); Le Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC).

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Lundi 12 décembre 2011

Un vrai risque pour la santé

La lutte contre l’obésité est parfois vécue par les personnes concernées comme une forme de racisme anti-gros. On peut pourtant lutter contre la discrimination envers les personnes obèses sans occulter pour autant les problèmes de santé qui les attendent. Parmi ceux-ci, on distingue particulièrement le diabète de type 2 et l’hypertension artérielle.

En effet, plus l’IMC est élevé, plus les risques de contracter un diabète de type 2 sont importants. Ils sont amplifiés par certains facteurs associés à l’obésité, comme la sédentarité ou une mauvaise alimentation. Ainsi, une femme obèse a 12 fois plus de chances de devenir diabétique qu’une autre ayant un poids santé. Elle a également trois fois plus de probabilités d’avoir une crise cardiaque. L’obésité est en effet le troisième facteur de risque de maladie cardio-vasculaire, après l’âge et l’hypertension. Cette dernière est de plus associée à l’obésité dans 30 à 65 % des cas. Une personne obèse de 20 à 44 ans a six fois plus de risques d’être sujette à l’hypertension qu’un adulte du même âge dont le poids est normal. C’est pourquoi la lutte contre le surpoids se trouve bien souvent au premier plan des campagnes de prévention sur le diabète ou les maladies cardio-vasculaires.

Si ces deux risques sont bien documentés, d’autres restent encore à explorer. Plusieurs études ont démontré un lien entre l’obésité et certains cancers. Celui qui affecte le côlon est le mieux évalué puisqu’on l’estime multiplié par trois chez les personnes en surpoids. D’autres organes et parties du corps sont également concernés mais dans une proportion insuffisamment connue : seins, ovaires et cervicales pour les femmes obèses, rectum et prostate pour les hommes. D’une manière plus générale, l’obésité a un impact sur la qualité de vie. Elle provoque notamment des dommages aux articulations ou au dos, ce qui entraîne des douleurs mais aussi des difficultés à marcher, courir, se baisser. Enfin, le surpoids a des répercussions psychologiques importantes. D’une part parce que les discriminations envers les personnes obèses sont particulièrement nombreuses, de la remarque dépréciative à la discrimination à l’embauche. D’autre part, si certains vivent particulièrement bien leur surpoids, d’autres en souffrent énormément, au point parfois de se haïr soi-même et de s’enfoncer dans une spirale négative. On est alors bien loin de cette image dangereusement fausse, et pourtant si présente dans beaucoup d’esprits, du gros bon vivant, jovial, blagueur dont on aime se moquer « gentiment »…

 

Source : Bilan et évaluation des programmes de prévention et de prise en charge INSERM; Haute Autorité de Santé (HAS); Le Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC).

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Lundi 12 décembre 2011

Mesurer l'obésité

On connaît en général un voire deux outils permettant de diagnostiquer l’obésité. Il en existe pourtant d’autres, chacun ayant sa propre utilité.

IMC ou Indice de Masse Corporelle : c’est le plus connu et le plus utilisé. On peut le connaître en divisant notre poids par notre taille au carré, c’est-à-dire multipliée par elle-même. Un homme d’1,75 m pesant 95 kilos aura donc un IMC de 31. On considère que le poids santé correspond à un IMC de 18,5 à 25. Entre 25 et 29,9, on parle de surpoids. Au-dessus, c’est l’obésité. Et lorsque l’IMC dépasse 40, on qualifie celle-ci de morbide, c’est-à-dire que le taux de mortalité augmente significativement. Un outil simple donc, mais incomplet. Car l’IMC ne prend pas en compte la composition corporelle (masse graisseuse, musculaire…) ni la répartition des graisses. Pour exemple, un sportif peut avoir un IMC supérieur à 30, en raison de sa masse musculaire, sans pour autant être obèse. C’est donc là qu’intervient la mesure du tour de taille.

Tour de taille : La graisse la plus dangereuse pour la santé est celle qui s’accumule autour de notre taille. La mesure du tour de taille permet donc de déterminer s’il y a risque ou non pour la santé. En Europe, la référence est de 80 cm pour les femmes et 94 cm pour les hommes (normes de la Fédération Internationale du Diabète). Au-delà, on parle d’obésité abdominale.

Rapport tour de taille/tour de hanches : cet outil qui consiste à diviser le tour de taille par le tour de hanches permet de savoir comment la graisse se répartit sur notre corps. Ce rapport est considéré comme trop élevé lorsqu’il dépasse 1 pour les hommes, 0,85 pour les femmes. Ces trois outils s’avèrent donc simples à utiliser mais il en existe un autre, qui nécessite de passer par la case médecin : le bilan sanguin. Plus précis, celui-ci permettra de déceler un éventuel risque de diabète (glycémie élevée par exemple), de maladie cardio-vasculaire (taux de cholestérol HDL)…

 

Source : Bilan et évaluation des programmes de prévention et de prise en charge INSERM; Haute Autorité de Santé (HAS); Le Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC).

Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Lundi 12 décembre 2011