L’ivresse à tout prix
La France a toujours aimé l’alcool. Elle est ainsi le 6e consommateur d’alcool au monde (4e au sein de l’Union Européenne), avec en moyenne 3 verres standards par jour et par personne. Si ce chiffre a beaucoup diminué au fil des années, l’alcoolisme reste un problème d’importance en France, non seulement parce qu’il constitue la 2e cause de mortalité évitable (la première chez les jeunes) mais également parce que ses victimes sont de plus en plus jeunes. Depuis quelques années, on assiste de plus en plus à un détournement des raisons invoquées pour boire de l’alcool.
Auparavant, l’ivresse d’un jeune était souvent la conséquence d’une fête trop arrosée ou d’une consommation mal maîtrisée. Aujourd’hui, c’est une condition préalable à la fête qui relève presque de l’organisation. Oublié le plaisir de boire, de savourer tel alcool ou tel mélange, de trinquer.
Désormais, on peut arriver déjà ivre à une fête ou prendre juste quelques minutes pour enchaîner plusieurs verres et se mettre ainsi en condition. La fête ne commence qu’après.
De graves dangers pour la jeunesse
Si la surconsommation régulière d’alcool peut avoir de graves répercussions, notamment sur le foie et le corps, les modes de consommation actuels s’avèrent beaucoup plus dangereux, puisqu’ils ajoutent de nouveaux effets néfastes à ceux déjà connus.
L’alcool a toujours été une cause importante d’accidents de la route mais ces nouveaux comportements risquent d’aggraver cette réalité. Car si l’ivresse est une condition préalable à toute fête, envisager d’y participer en modérant sa consommation afin de ne pas franchir le seuil maximal est illusoire. Le risque de violence physique est également accru.
Une consommation d’alcool échelonné sur une soirée peut permettre d’identifier les prémices d’un comportement agressif et de stopper celui-ci. Mais lorsque l’alcool est absorbé en un court laps de temps, l’effet ressenti une fois celle-ci bien passée dans le sang est décuplé par le nombre de verres absorbés. Un jeune adepte du binge-drinking peut ainsi devenir extrêmement violent d’un instant à l’autre sans qu’il soit possible de le prévoir.
Par ailleurs, une grande quantité d’alcool dans le corps trouble le discernement, ce qui peut conduire les jeunes à des situations sexuelles à risque.
Enfin, cette absorption rapide et non contrôlée peut avoir un fort retentissement sur l’état de santé du consommateur, avec de fortes possibilités de coma éthylique. C’est ainsi qu’à la fête de Boudry, en septembre, les services d’intervention et de secours ont du intervenir 80 fois en 2 jours pour traiter les conséquences de bagarres et de comas éthyliques.
A ces dangers s’ajoute un constat fait par tous les médecins : la consommation d’alcool commence de plus en plus jeune et il n’est plus rare aujourd’hui, pour un urgentiste, de recevoir un enfant de 12 ans en plein coma éthylique, au beau milieu de l’après-midi.