La mémoire est une fonction essentielle de notre cerveau. Elle est continuellement sollicitée. Aussi est-il important de la préserver et de l'entretenir.
Quel est le gâteau le plus célèbre de France ? La madeleine, bien sûr, et plus précisément celle de Proust. A partir du goût d’un morceau de gâteau plongé dans le thé, l’auteur écrit l’une des plus belles pages de la littérature sur la résurgence d’un souvenir lointain. Et nous permet de mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire.
Quelques années auparavant, Tante Léonie tend au narrateur proustien une madeleine préalablement trempée dans son thé. L’auteur la mange et active ainsi sa mémoire sensorielle. Chaque élément de la scène est capté puis acheminé dans une zone particulière : le goût de la madeleine est envoyé dans la zone gustative, la tasse de thé dans la zone visuelle…
Tous ces influx nerveux sont ensuite dirigés vers l’hippocampe, sorte d’aiguilleur de la mémoire. Celui-ci peut « refuser » ce qu’il reçoit et l’envoyer de ce fait vers la mémoire à court terme. Si tel avait été le cas, Tante Léonie et la madeleine auraient été oubliés dans la minute et l’épisode n’aurait jamais existé dans notre littérature.
Lorsque l’hippocampe accepte les influx, il les envoie vers le télencéphale, l’enregistreur mémoriel. Celui-ci stocke le souvenir en mettant en réseau tous les influx et renvoie chacun d’eux dans sa zone d’origine où il sera durablement conservé. Désormais, le goût de la madeleine ou la vision d’une tasse de thé renverront au même souvenir mais par des entrées différentes.
C’est ainsi que nos souvenirs ressurgissent parfois à partir d’un stimulus sans lien apparent avec ceux-ci : si un événement heureux de ma vie s’est produit alors que la radio diffusait un air triste, mes amis seront peut-être surpris de me voir sourire en écoutant une musique qui ne s’y prête pas.
Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Mardi 18 Août 2009
La mémoire est un immense entrepôt à ceci près qu’elle ne connaît aucune limite, contrairement à ce que l’on pourrait penser. En revanche, si vous n’y prenez pas garde, ce que vous stockez peut être détérioré…
On considère souvent l’expression « boire pour oublier » comme une plaisanterie de joyeux fêtard ou une manifestation de déprime passagère. C’est pourtant une réalité. Consommée à hautes doses, l’alcool peut entraîner, au bout de quelques années, des lésions irréversibles des neurones du cerveau. On a même constaté chez les grands alcooliques des altérations de la mémoire à long terme, soit des souvenirs, des mots, des gestes de la vie quotidienne…Mais l’alcool n’est pas la seule drogue à avoir de tels effets. L’esctasy induit par exemple des troubles dans la mémoire des événements récents et causerait des dégâts irréversibles à certaines catégories de neurone. Quant au cannabis, il affecte uniquement la mémoire à court terme et son effet disparaît à l’arrêt de la consommation. Cependant, il n’est pas pour autant exempt de dangers sur la mémoire à long terme. Car si les souvenirs passent nécessairement par la mémoire sensorielle, cela signifie que l’état d’apathie provoqué par son absorption risque d’altérer l’intégrité du souvenir ou de supprimer les connections permettant de le retrouver…
Certains médicaments ont également des effets, heureusement souvent limités à la période de traitement et donc sans conséquences ultérieures. Ainsi, les somnifères et anxiolytiques de la famille des Benzodiazépines peuvent être responsables de « trous de mémoire » relatifs aux événements postérieurs à l’absorption du produit. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont susceptibles de provoquer une « sensation de tête vide » mais cela reste très rare (Seulement 1% des cas pour l’un des médicaments les plus impactant de cette catégorie, le diflunisal). Les bêtabloquants (traitement des affections cardiovasculaires comme l’hypertension), les anticholinergiques (certains antiallergiques par exemple), les médicaments de sevrage (méthadone et subutex), les antalgiques opiacés (morphine, codéïne…), les neuroleptiques, les anticancéreux, les antiprotéases (utilisés dans le traitement du sida) peuvent également avoir des effets sur la mémoire. Mais, encore une fois, cela ne représente qu’un infime pourcentage de cas (1% au maximum) et uniquement sur la période de traitement.
Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Mardi 18 Août 2009
Alors, pour une mémoire d’éléphant, suffit-il de faire attention à l’alcool, aux drogues et aux médicaments et de se mettre au régime poisson, comme le suggère la sagesse populaire ? Oui et non. Si aucune étude ne prouve les effets bénéfiques du poisson sur la mémoire, il n’en reste pas moins que l’alimentation joue un rôle crucial dans son fonctionnement. Comme tout organe, le cerveau a ses besoins énergétiques. 40 substances lui sont donc indispensables : 13 vitamines, 15 minéraux et oligo-éléments, 8 acides aminés et 4 acides gras. Un seul aliment contient à lui seul tous ces nutriments : le lait maternel. La seule solution passé le premier âge réside donc dans une alimentation adaptée : pauvre en graisses saturées et en viandes rouges, riche en fruits, légumes et poisson. Inutile donc de jeter aux orties la sagesse populaire, il suffit de ne pas attribuer au seul poisson tous les mérites, ce n’est pas la carpe qui protestera…
Bien manger est une première étape pour un bon fonctionnement du cerveau et du corps bien sûr. Mais une autre activité, trop souvent négligée, est déterminante pour la mémoire : le sommeil. De nombreuses recherches sur les relations entre le sommeil et la mémoire ont abouti à deux importantes conclusions. D’une part, une bonne nuit de repos favoriserait l’apprentissage. En d’autres termes, les régions du cerveau activées avant de dormir, en période d’apprentissage, reprendraient leur activité durant la nuit. Ainsi, une leçon bien révisée la veille au soir pourra être parfaitement assimilée au petit matin. Des études ont démontré d’autre part que le sommeil servirait à classer les événements de la journée, à établir des connections et à juger de leur pertinence par rapport aux expériences passées. De nombreux travaux sont encore nécessaires pour confirmer cet impact du sommeil sur la mémoire mais les bénéfices d’une nuit de repos sur la santé en général restent indiscutables.
Avec le temps…
S’il est possible d’agir sur une multiplicité de facteurs pour conserver une mémoire performante le plus longtemps possible, l’avancée en âge entraîne malheureusement une détérioration des neurones. Cependant, à l’heure où l’on évoque souvent d’Alzheimer, il est nécessaire de relativiser et surtout de ne pas voir en chaque trou de mémoire un symptôme de la maladie. Si vous cherchez désespérément où vous avez posé vos clés, pas de panique : vous n’avez pas oublié mais votre cerveau peine à retrouver l’information. L’archivage d’un souvenir dépend fortement du contexte d’apprentissage : un moment particulièrement chargé en émotion sera beaucoup mieux stocké qu’un geste anodin. L’acte routinier, automatique, de poser et prendre ses clés, vous l’avez fait des centaines de fois, sans émotion particulière, votre cerveau ne songe donc pas à l’identifier précisément. En revanche, vous vous souviendrez du moment où vous avez eu en main les clés de la maison que vous avez achetée…
Cependant, si les troubles de la mémoire vont en s’aggravant et deviennent handicapants au quotidien, le problème peut être tout autre. Si une personne de votre entourage ne sait plus où se trouve sa cuisine ou ne reconnaît plus le visage d’un proche, il devient nécessaire de lui faire consulter un spécialiste. Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer ne pourra être posé qu’après un examen médical et des tests spéciaux.
Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Mardi 18 Août 2009
Le cerveau a beau être le siège de l’intellect, il est également un « muscle » qu’il est nécessaire de développer et d’entretenir. Comme toute organisation, la mémoire doit pouvoir compter sur des éléments solides pour la logistique. Votre mémoire est en tenue ? C’est parti…
Petite mais « costaude »
En terme de durée de conservation, votre mémoire à court-terme semble bien insignifiante comparée à la mémoire à long terme. Et pourtant, sans cette « zone de transit », notre grand entrepôt mémoriel serait bien mal rangé. C’est pourquoi cette mémoire d’accueil doit être une unité organisée et performante.
- Faire vite : Dans la mémoire à court-terme, une information ne survit que quelques dizaines de secondes. Ne laissez pas passer trop de temps entre la mémorisation d’une information et l’utilisation de celle-ci.
- Répéter : Si vous souhaitez augmenter de quelques dizaines de secondes le délai de conservation, répétez mentalement ou à haute-voix l’information.
- Le chiffre 7 : notre mémoire à court-terme ne fonctionne bien que lorsque le nombre d’informations à retenir ne dépasse pas le chiffre 7 (plus ou moins 2 selon les personnes). Inutile donc d’essayer d’apprendre la liste des courses hebdomadaires par cœur…
- Regrouper : Si vous avez plus de 7 informations à retenir, prenez l’habitude de regrouper, notamment par paire. Vous mémoriserez plus sûrement 02 38 78… que 0 2 3 8 7 8…
- Ecoutez : Quelle que soit la personne, la mémoire à court-terme est auditive. N’hésitez pas à répéter à haute-voix les informations ou à vous dire ce que vous devez faire.
- Concentrez-vous : La mémoire a court-terme est facilement distraite, aussi mieux vaut éviter les éléments parasites : télé, radio, bruits de la rue…
Créer du sens mémoriel
Chaque jour, notre mémoire effectue un travail de sélection draconien parmi la multitude d’informations qui nous parviennent. C’est ainsi que certains éléments sont automatiquement refusés à la porte de la mémoire à long terme, notamment ceux qui semblent moins porteurs de sens. Par exemple, vous retenez rarement les numéros de téléphone qui vous sont communiqués dans la journée, dans le cadre de votre activité professionnelle. Mais supposons qu’un ou une bel(le) inconnu(e) croisé(e) dans la rue vous susurre son numéro de téléphone avant de disparaître comme par magie alors que vous n’avez pas votre téléphone portable ou un bout de papier à proximité : vous ferez alors un effort tout particulier pour retenir l’information, vous donnerez du sens à cette suite de chiffre en y associant l’image de cette rencontre…vous aurez donc traité, visualisé et classé ce numéro dans la mémoire à long terme…Mais lorsque vous n’avez que peu d’éléments auxquels raccrocher cette information, vous élaborez des artifices pour la retenir : associations d’idées, phrases étranges, jeux de mots, codages personnels seront vos outils, vos moyens mnémotechniques. On se souvient tous, des années après notre scolarité, de cette question énigmatique et pour tout dire sans réponse « mais où est donc Ornicar ». Alors si vous tenez vraiment à retenir votre liste de courses, inventez une histoire de poireau amoureux d’une betterave qui vit dans un chou près d’une autoroute en tranches de jambon…
Auteur : Clément GILBERT, journaliste SPHERIA Val de France
Dernière modification : Mardi 18 Août 2009