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Interview

Danielle TesznerDocteur Danielle Teszner,
Médecin psychiatre, Attachée au Laboratoire du sommeil du CHU Henri-Mondor à Créteil,
Auteur de "Savoir dormir" (Flammarion)

  

Le nombre de personnes souffrant de troubles du sommeil est il en augmentation ?

Nous travaillons à saturation tant la demande est importante. Il y a une plainte qui s'exprime beaucoup plus que par le passé, parce que l'on sait que les affections du sommeil peuvent faire l'objet d'une prise en charge spécifique. Malheureusement, cette possibilité est insuffisante, car c'est une médecine qui coûte plus qu'elle ne rapporte à ceux qui la pratiquent, qui suppose des équipements lourds et coûteux pour enregistrer le sommeil et du personnel prêt à travailler la nuit. Voilà pourquoi il y a si peu de centres du sommeil en général et moins encore en médecine de ville en particulier. Pourtant le besoin est majeur, qu'il s'agisse de pathologies organiques ou psychologiques.

Quels sont les troubles que vous rencontrez le plus souvent ?

Je vois essentiellement des gens qui se plaignent de mal dormir, de ne pas dormir assez, de dormir à tort et à travers, quand ce n'est pas le bon moment, qui sont donc en privation aiguë de sommeil, ou plus rarement des patients qui se plaignent de dormir trop. Parmi les personnes en manque de sommeil se trouvent beaucoup d'adolescents. Les consultations avec ces jeunes sont très difficiles à mener car, en présence de leurs parents, ils restent sur leurs gardes et peinent à s'exprimer… Il faut alors prendre le temps de les revoir seuls, ainsi que leurs parents, car derrière leurs troubles se dissimulent souvent des problèmes relationnels au sein de la famille ou des troubles psychiques.

 

Peut-on soigner les principaux troubles en évitant la prise de somnifères ?

Les somnifères sont une excellente réponse thérapeutique à une insomnie passagère, aiguë, dont la cause est repérée (par exemple un licencie-ment). Ils servent alors à éviter que l'insomnie ne s'installe durablement. Pour les insomnies chroniques, installées depuis longtemps, il n'est pas toujours facile de démêler les choses : si l'on dort mal, ce n'est souvent pas parce que le sommeil est "cassé", mais parce que les personnes elles-mêmes "fonctionnent" mal. Il s'agit alors de convaincre le patient d'entrer dans un circuit de soins comprenant une approche psychothérapeutique, dans laquelle il ne serait pas forcément allé de lui-même. Le profil le plus répandu est celui de patients souffrant d'un syndrome anxio-dépressif. Pour une meilleure efficacité globale, il leur est prescrit en association une psychothérapie et des médicaments antidépresseurs, qui agissent à la fois sur l'angoisse, la dépression et la continuité du sommeil. En diminuant les éveils nocturnes, en allongeant le sommeil et en réduisant la proportion du sommeil paradoxal, période d'éventuels cauchemars, ces médicaments permettent d'alléger leur sentimentde mal-être.

Quels sont vos conseils primordiaux pour un sommeil de qualité ?

 D'abord, si l'on veut pouvoir dormir la nuit, il faut être actif le jour. La clinophilie, le fait de rester au lit pour se reposer durant la journée, est catastrophique, car elle diminue le contraste qui doit exister au maximum entre le jour et la nuit. Il est également impératif de profiter de la lumière du jour, car toute la physiologie de l'alternance veillesommeil est supportée par l'alternance jour – nuit, lumière – obscurité. Ensuite, il ne faut pas se coucher tant qu'on n'a pas sommeil. Sinon, on s'ennuie au lit et cet ennui se change en énervement, en anxiété et en incapacité à s'endormir. Attention, se coucher "de bonne heure", avant l'heure d'avoir sommeil, est souvent un non-sens physiologique, qui nuit à la faculté de s'endormir. L'heure du coucher doit être celle dictée par l'envie de dormir, par les signes avant-coureurs du sommeil, quelle que soit l'heure d'horloge. En revanche, il faut respecter la même heure de lever, quelles qu'aient été l'heure du coucher et la durée du sommeil. Une nuit trop courte ou de mauvaise qualité se rattrape la nuit suivante, à condition d'éviter de faire la sieste l'après-midi.