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Un coeur à prendre

Martine a souhaité nous faire part de son expérience du don d’organe, en faveur de son fils. Son témoignage constitue une part essentielle de ce dossier.
Merci à elle et à son fils pour leur courage et leur contribution à ce dossier.

A 16 ans, Fabien réalise en partie son rêve de devenir pompier dans l’armée de l’air en s’engageant comme sapeur-pompier volontaire. Son baccalauréat en poche, il passe avec succès les différents tests de sélection de l’armée, malgré un rein manquant suite à une malformation opérée lorsqu’il avait deux mois. Mais lors d’examens complémentaires nécessaires à la validation de son engagement, son rêve se heurte à un diagnostic : il souffre d’insuffisance rénale bien avancée. Si le mal peut être traité par des médicaments dans un premier temps, la dialyse puis la greffe sont inévitables.

La vie de Fabien bascule du jour au lendemain : de l’état de jeune sportif à l’avenir assuré, il passe à celui de malade, reconnaissance Cotorep, contraint de se réorienter vers un métier administratif. Etant jeune et tout juste titulaire du baccalauréat, Fabien peut facilement reprendre des études : il entame alors un BTS assistant de gestion tout en poursuivant son traitement et le suivi médical. Au bout de deux années d’études, il trouve un emploi adapté à sa situation, mais pas à son diplôme : agent de sécurité. Travaillant de nuit, il peut effectuer ses dialyses le jour et concilier ainsi traitement médical et vie professionnelle. Mais la question de la greffe d’organe reste toujours présente à son esprit.

Alors que la perspective d’une greffe se fait de plus en plus pressante, Fabien prend connaissance de statistiques effrayantes : 2 à 3 ans de temps d’attente en moyenne, 5433 nouveaux inscrits en 2006, 229 patients décédés faute de greffon la même année…

Martine, la mère de Fabien, se porte alors volontaire pour donner l’un de ses reins à son fils. S’ensuivent alors 6 mois interminables, un « parcours du combattant » entre examens pré-greffe, compatibilité, check up complet, formalités administratives...A aucun moment, Martine n’a l’assurance d’être acceptée pour l’intervention. Fabien, lui, garde un courage et un moral exemplaires malgré la dégradation perceptible de son état physique.

En juillet 2006, Martine arrive au bout de six mois d’efforts : la date de transplantation est fixée au 13 septembre 2006. Tout s’accélère : les derniers examens, le passage au tribunal et devant le comité d’experts…Enfin, le 12 septembre 2006, mère et fils se retrouvent dans la même chambre, impatients.

L’intervention se passe à merveille mais au réveil, mère et fils ne sont plus dans la même chambre. Martine est dans une chambre chirurgicale normale tandis que son fils est dans une chambre stérile. Elle seule peut se déplacer pour aller voir son fils, malgré la fatigue.

Cinq jours après la greffe, Martine peut sortir de l’hôpital. Elle s’installe dans un hôtel à proximité, afin de pouvoir rendre visite à son fils. 5 autres jours plus tard, Fabien peut rentrer chez lui.

Mais le plus dur reste à venir, notamment des mois marqués par cette question angoissante « le rein va-t-il être rejeté ? ». Le suivi post-greffe est très lourd pour le greffé et l’arrêt de travail dure 3 mois aussi bien pour le receveur que le donneur. Lorsque Martine et Fabien reprennent chacun leur travail, en décembre, la vie reprend un peu son cours normal. L’angoisse du rejet est toujours présente mais le traitement de Fabien se fait plus léger. 6 mois après la greffe, les contrôles ne sont effectués qu’une fois par semaine, près du lieu de résidence de Martine et Fabien. Celui-ci ne doit se rendre à Paris que tous les deux ou trois mois.

Pour Fabien, la vie a doucement repris ses droits. Âgé de 24 ans, il vient de s’installer en appartement, avec son amie. Hormis l’obligation de respecter scrupuleusement la prise de ses médicaments, sa vie ressemble à celle de n’importe quel jeune en bonne santé. S’il a dû abandonner son rêve de devenir pompier, il a su faire preuve de courage et de volonté afin de se construire une autre vie, avec un autre rein.