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Entretien avec...

Interview de Jacques TESTART

Directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de 1978 à 2007, spécialiste en biologie de la reproduction, "père scientifique" d’Amandine, le premier bébé éprouvette français, Jacques Testart a toujours milité pour "une science contenue dans les limites de la dignité humaine". A travers son site Internet (http://jacques.testart.free.fr), il assume aujourd’hui pleinement ce rôle de « critique de sciences ».

Vous considérez le Diagnostic préimplantatoire (DPI) comme une source de nombreuses possibilités qui, en l’absence d’une règlementation universelle, serait un pas vers l’eugénisme … Quelle est la différence entre le DPI et le Diagnostic Prénatal (DPN) ? Pourquoi jugez-vous le DPI menaçant ?

Le DPN est un examen diagnostic effectué pendant la grossesse par prélèvement des cellules de l’embryon. Si on détecte une anomalie importante, ça conduit à l’avortement médical…qui n’a rien à voir avec l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) puisqu’il s’agit, pour une femme qui veut un enfant, d’éliminer un fœtus porteur d’une grosse anomalie. Cela existe depuis déjà une vingtaine d’années.

Le DPI est complètement différent bien que certains disent que ce n’est qu’un DPN précoce. Ça n’a rien à voir. Il s’agit de faire une enquête sur l’embryon qu’on vient de produire par fécondation in vitro avant de le remettre dans l’utérus. C’est-à-dire que ça se fait dans les 4 ou 5 jours maximum après la fécondation, l’embryon est en éprouvette. Pourquoi ça n’a rien à voir ? D’abord parce qu’il y a beaucoup d’embryons, ce qui n’est pas la même chose que le DPN qui porte sur un seul fœtus. L’issue n’est pas faire naître un enfant ou ne pas le faire naître comme pour le DPN mais faire naître tel enfant plutôt que tel autre. Il y a donc une sélection mais ça n’empêche pas que la grossesse arrive (au contraire ça peut la favoriser en sélectionnant un embryon viable). Alors que le DPN interrompt la grossesse pour des gens qui veulent un enfant. C’est une première différence.

Au moment du DPN, il y a aussi une échographie. Quand une femme voit l’enfant qui suce son pouce, qui bouge, c’est émouvant. Là, c’est rien du tout, c’est une petite boule microscopique qu’on voit au microscope, ça fait un dixième de millimètre. C’est pareil qu’un embryon de souris, de vache…Il faut être un spécialiste pour voir la différence. Alors qu’un fœtus humain, c’est déjà humanisé dans sa forme mais aussi dans l’idée qu’on s’en fait. Ça change tout ! Le DPN permet d’éliminer les grosses pathologies que presque personne ne souhaiterait par exemple la trisomie 21, ceux qu’on appelle les mongoliens (il y a 3 chromosomes 21 au lieu de deux d’où des pathologies très graves). Certains veulent les garder mais la plupart des gens demandent un avortement…

Avec le DPI, on peut aller beaucoup plus loin car le but est d’avoir un seul enfant et qu’on a potentiellement beaucoup d’embryons. Or le poids éthique et affectif d’un embryon n’a rien à voir avec celui d’un fœtus. Le contrôle exercé là-dessus ne peut pas être le même ! Or la législation prévoit la même chose. Il y a en France 38 CPDPN (centres polydisciplinaires de diagnostic prénatal) avec des gynécologues, biologistes, généticiens et, pour faire joli, un psychologue de l’hôpital. Ce sont donc des praticiens de la procréation qui sont chargés de dire s’il est licite ou pas de faire soit un DPN soit un DPI selon la situation, la demande des couples…C’est suffisant pour le DPN car si la femme veut se débarrasser du fœtus anormal, elle doit subir un avortement, ce qui est une souffrance physique, morale…Si bien que la limite éthique, le garde-fou du DPN, il existe naturellement, c’est la grossesse. Alors qu’il n’y a pas tout ça dans un DPI. Je trouve anormal qu’il y ait les mêmes règles, qu’on confie à des praticiens le soin de savoir si on peut faire ou pas alors que ça mériterait un débat beaucoup plus large, une ouverture à la société et des décisions préalables plutôt que de laisser faire...

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